Définition et enjeux du co-enseignement au secondaire
Le co-enseignement désigne une pratique pédagogique où deux enseignants (ou un enseignant et un autre professionnel de l’éducation) interviennent simultanément auprès d’un même groupe d’élèves. Ce modèle, déjà bien documenté dans la littérature anglo-saxonne (Friend et Cook, 2013), s’impose progressivement dans le secondaire, notamment pour répondre à des besoins croissants de différenciation et d’inclusion.Son intérêt principal : combiner expertises, perspectives et postures pédagogiques pour mieux répondre à l’hétérogénéité des classes. Selon une étude de l’OCDE (2019), les établissements ayant recours au co-enseignement constatent une amélioration des résultats de 10 à 18 % chez les élèves à besoins éducatifs particuliers.
Mais le co-enseignement va bien au-delà de la simple co-présence. Il implique :
- une planification concertée
- une co-animation et une co-gestion du groupe
- une coordination fine des évaluations et des feedbacks
- faciliter les apprentissages coopératifs
- soutenir des dispositifs de pédagogie différenciée
- dynamiser la gestion de classe via des postures complémentaires
Modèles reconnus de co-enseignement : panorama et points forts
Il existe plusieurs modèles de co-enseignement éprouvés dans le secondaire :- Modèle Station ou centre d’apprentissage : Les enseignants animent différents ateliers, les groupes d'élèves tournent.
- Co-enseignement parallèle : Les enseignants divisent la classe et enseignent les mêmes contenus simultanément à des groupes réduits.
- One teach, one assist (un enseignant, un soutien) : Un enseigne, l’autre circule, observe, apporte de l'aide ponctuelle (modèle le plus répandu, mais aussi le moins engageant en termes d’égalité de posture).
- Team teaching (co-enseignement simultané) : Les deux enseignants animent ensemble toute la séance, en dialoguant ou en se complétant en temps réel.
- Co-enseignement alternatif : Un enseignant prend temporairement en charge une partie du groupe pour un soutien ciblé.
| Modèle | Points forts | Points de vigilance |
|---|---|---|
| Stations/ateliers | Diversification, personnalisation, dynamisme de la séance | Organisation matérielle, gestion du temps |
| Parallèle | Groupes plus petits, meilleure attention à chacun | Homogénéité des contenus |
| One teach, one assist | Accompagnement individualisé, gestion de l’hétérogénéité | Risque de posture subalterne pour l'assistant |
| Team teaching | Exemple de collaboration, richesse des interactions | Nécessite une forte coordination |
Les étapes clés de la construction d’un binôme efficace
La mise en place d’un co-enseignement efficace suppose de respecter plusieurs phases structurantes :- Clarification des objectifs pédagogiques – Préciser les finalités du binôme : inclusion, différenciation, gestion de projet, etc.
- Premiers échanges pour établir les attentes réciproques – Confronter méthodes, référentiels, visions pédagogiques ; identifier les apports de chacun.
- Répartition des rôles – Selon les modèles choisis, répartir responsabilités, tâches, zones d'autonomie et de coordination.
- Co-construction des séquences – Planifier ensemble les contenus, supports, méthodes d’évaluation, rétroactions.
- Installation de routines de communication – Débriefings réguliers, outils partagés (cahier de bord, agendas partagés).
- Bilan régulier des pratiques et ajustements – Pratiquer l’analyse collaborative de séances, intégrer du feedback croisé pour progresser.
Checklist pratique pour bâtir un binôme de co-enseignants performant
- Partagez vos représentations de l’enseignement et de l’apprentissage : discutez ouvertement de vos points de vue et expériences, notamment autour de la pédagogie différenciée et de la gestion de l’hétérogénéité.
- Élaborez un contrat de communication : fixez des moments et des modalités d'échange formels et informels (ex : débrief en fin de séance, plateforme collaborative).
- Définissez clairement vos rôles : identifiez les fonctions principales de chacun lors des temps de classe et hors classe.
- Planifiez la co-présence : distribuez les tâches d’observation, d’animation, de gestion du climat, de remédiation ou de différenciation.
- Préparez des outils partagés : supports, grilles d’observation, feuilles de route pour les élèves, critères d’évaluation communs.
- Anticipez les difficultés : prévoyez un « sas » de dialogue en cas de tension ou de désaccord pédagogique.
- Évaluez l’impact sur les élèves : observez les évolutions, recueillez des feedbacks réguliers, ajustez les pratiques en conséquence.
Outils numériques et organisationnels pour soutenir le co-enseignement
L’intégration d’outils numériques facilite la planification partagée, le suivi et la co-évaluation. Parmi les solutions régulièrement utilisées :- Agendas collaboratifs (calendriers partagés ou Drive pour la planification des temps forts).
- Espaces de stockage cloud pour mutualiser supports pédagogiques et ressources différenciées.
- Plateformes type ENT ou Padlet pour co-créer des séquences, partager des consignes, recueillir les rendus.
- Applications de co-évaluation formative pour élaborer des grilles d’observation et partager les commentaires (ex : Quizinière, Forms, Edpuzzle).
Différenciation pédagogique en binôme : quelles stratégies efficaces ?
Le co-enseignement démultiplie les possibilités de différenciation. Selon les travaux de Tomlinson (2015), la différenciation s’opère à trois niveaux :- contenus : adapter le niveau ou le type de ressources selon les groupes ou besoins individuels
- processus : variations dans les modalités, le rythme, la médiation pédagogique
- produits : diversité dans les formes de restitution, d’évaluation ou d’exercices proposés
- de proposer des activités par niveaux ou défis, chaque enseignant animant un groupe cible (avancés, en soutien, en approfondissement)
- d’alterner entre activités magistrales et ateliers pratiques
- d’assurer un suivi individualisé en temps réel durant le travail en classe
- d’instaurer des régulations immédiates (feedback à chaud, corrections guidées, reformulations collectives)
Évaluation et retours d'expérience : qu’apporte le co-enseignement ?
Les recherches récentes (OCDE, 2019 ; Friend et Cook, 2013) indiquent que le co-enseignement a un impact positif sur l’engagement et la réussite des élèves, notamment :- meilleure attention apportée aux élèves en difficulté ou à haut potentiel
- accroissement de la diversité des modalités évaluatives
- hausse du sentiment d’appartenance pour les élèves en situation de handicap ou de décrochage
Les évaluations conjointes, la diversification des feedbacks (oral, écrit, instantané ou différé) et la mutualisation des observations sont autant de leviers pour un suivi plus fin de la progression des élèves.
Analyse des défis et recommandations pour un binôme durable
La réussite du co-enseignement ne s’improvise pas. Trois défis reviennent fréquemment (étude Pédago 66, 2023) :- Temps de coordination réduit : nécessité de créer des espaces dédiés dans l’emploi du temps, quitte à adapter le calendrier de l’équipe pédagogique.
- Équilibre des postures professionnelles : éviter qu’un enseignant ne devienne « adjoint » de l’autre, reconnaître l’expertise de chacun, même en présence de profils très différents (disciplinaires, spécialisés, etc.).
- Gestion des imprévus en classe : anticipation via des routines flexibles et des plans B partagés.
FAQ : Réponses aux questions fréquentes sur le co-enseignement au secondaire
1. Le co-enseignement est-il réservé à l’inclusion ou peut-il être utilisé dans toute classe ordinaire ?Non, s’il a été développé pour l'inclusion (notamment élèves en situation de handicap), le co-enseignement bénéficie à toutes les classes hétérogènes et favorise la différenciation pédagogique quels que soient les profils.
2. Faut-il que les deux enseignants soient de la même discipline ?
Pas obligatoirement. Des binômes pluridisciplinaires (ex : lettres — histoire, mathématiques — sciences numériques) permettent même une approche transversale, riche en situations authentiques.
3. Quels sont les principaux freins rencontrés ?
Le manque de temps de concertation, l’absence de cadrage institutionnel dans certains établissements et la difficulté à accorder les agendas figurent parmi les obstacles les plus cités.
4. Quelles solutions en cas de désaccord pédagogique dans le binôme ?
La clé réside dans l’instauration d’une médiation formalisée : temps de régulation, recours à un tiers neutre (CP, formateur), et l’acceptation que la divergence peut être source de créativité pédagogique.