CAMP

de

RIVESALTES

 

TEXTE

CHANTS

MUSIQUE

QUELQUES SOUVENIRS DE GUERRE 
par le Grand Rabbin Simon FUKS

J’y fis la connaissance de Monsieur Mordoh, qui était, je crois, l’aumônier du camp de Rivesaltes. Grâce à lui, je pus pénétrer, à deux reprises dans ce camps, qui fut pendant un certain temps, le plus important de la zone Sud. C’est là qu’on conduisait tous ceux qu’on raflait après le 26 août 1942. De là, ils partaient pour Drancy, avant de faire le voyage dont il ne sont pas revenus.
J’ai visité l’infirmerie. On y trouvait des gens qui étaient devenus idiots, au sens clinique du terme, par suite de la mauvaise alimentation, ou plutôt de la sous-alimentation. A ce sujet, j’ai d’ailleurs voulu faire une expérience : comparer la nourriture d’un prisonnier de guerre avec celle d’un interné du camp ; je n’ai pas besoin de souligner combien grande était la confiance. J’ai donc mangé un jour au camp. Dans la soupe on voyait vaguement, quelque chose qui ressemblait à un peu de légume. Aux non pratiquant, on donnait un infime morceau de viande qui ne dépassait pas la taille d’un pouce. Pour ceux qui mangeaient « casher », la viande était remplacée par une cuillère de confiture. J’aillais oublier le mince morceau de pain.
Le 4 octobre avait lieu un départ pour Drancy. J’ai eu cette chance inouïe, de pouvoir me rendre à la gare, d’arriver jusqu’au quai où les gens étaient déjà embarqués dans le train. Je pus parvenir sans encombre, c’est à dire sans sauf-conduit, jusqu’au wagon où était déjà installé un certain Monsieur Gottschalk, que j’avais eu l’occasion de voir la veille dans l’infirmerie du camp. Or, tandis que je me trouvais au bureau du Comité de de l’UGJF, avec mon frère, quelques heures avant le départ du train, nous vîmes arriver une femme en larmes. C’était Madame Gottschalk, qui nous dit que son mari n’était pas en état de supporter ce voyage. Je lui ai demandé si elle possédait une photo de son mari. C’était le cas. Je fis donc illico une fausse carte d’identité pour son mari. Arrivé au wagon où se trouve monsieur Gottschalk, j’ai pu lui passer cette fausse carte d’identité en même temps qu’un paquet d’alimentation. Il sortit aussitôt du wagon et me demanda quoi faire. Pris de panique il remonta dans le wagon. Un garde s’approcha de moi et me demanda :« Qui est cet homme ? »Je répondis : « Je ne le connais pas, mais je suppose qu’il est chargé de distribuer des vivres. » Lorsque le garde s’éloigna, je fis signe à Monsieur Gottschalk de ressortir du wagon, et m’adressant à lui et à mon frère, je leur dis à haute voix : « Il manque du pain. Allez donc en chercher tous les deux ! » Ils partirent aussitôt et bien entendu, ce ne fut que mon frère qui revint, un instant après.
Mais par ailleurs, aider des gens à fuir, à les faire sortir du camp, de quelque manière que ce soit, n’était-ce pas indirectement condamner d’autres malheureux à prendre leur place, et à en subir les conséquences ? Car, ce que les bourreaux exigeaient, c’est qu’on leur livre un nombre bien précis de déportables, et non Monsieur X ou Y. Il y avait donc un problème d’ordre moral. La vie d’une tel avait-elle plus de valeur que la vie de tel autre ?
De plus, nombreux étaient ceux qui ne voulaient plus lutter, et se soumettaient à la fatalité. Peut-être leur réaction aurait-elle été différente s’ils avaient su ce qui les attendait. Je me souviens d’un cas précis. Ils s’agit d’un jeune homme nommé Man, avec qui nous avions vécu pendant quelques semaines à Nîmes. Nous formions alors une seule et même famille. Je lui ai proposé de le faire sortir du camp de Rivesaltes, où je l’ai rencontré par hasard. Il a refusé… « Je veux retrouver tous les miens », me dit-il. Il me fut impossible de lui faire changer d’avis.




 

 


Présentation E. Barthès
L. Léon Blum - Perpignan


Teste lu par E. Barthès
L. Léon Blum - Perpignan

 


Présentation S. Touam
L. Léon Blum - Perpignan


S. Touam - Berceuse espagnole


S. Touam - Chant Yiddish


S. Touam - Chant Arabe


F. Hameau à la contrebasse :
Elégie de Pierre Vilette
(Hymne à la mort, hymne à la mémoire)

 

 

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BIBLIOGRAPHIE - SITOGRAPHIE

Mémorial de Rivesaltes